top of page

La saga du musée Deutsch, Belmont-sur-Lausanne

Deutsch6.jpg

"En 1962, l'Atelier 5 de Berne conçoit un bâtiment proche des idées de Le Corbusier. Erwin Fritz, Samuel Gerber, Rolf Hesterberg, Hans Hostettler et Alfredo Fini en dessinent les plans. Situé à Belmont-sur-Lausanne, le musée doit être terminé pour l'Expo nationale de 1964. Mais alors que le gros œuvre est presque achevé, le sort en décide autrement et les travaux sont suspendus pour des circonstances imprévisibles. Depuis lors, ce lieu abandonné apparaît comme une forteresse dérisoire, une arche chargée de valeur poétique. Ce n'est que vingt-cinq ans plus tard, sous la houlette du bureau d'architecture J. Surchat, à La Tour-de-Peilz, que l'édifice est achevé, mais non sans qu'aient été transformés les plans initiaux." (Extrait de la Revue Architecture Suisse)

L'article  célèbre ensuite "ce lieu rare, où 25 ans durant la rature a fait œuvre d'art involontaire, livré au temps ce grand sculpteur impénitent, et aux gestes souvent aléatoires et subversifs de visiteurs imprévus". Il ne précise pas en revanche quelles "circonstances imprévisibles" ont interrompu les travaux.

L'avocat autrichien Hans Deutsch, qui a fui son pays après l'Anschluss de 1938 (ses parents sont morts à Auschwitz), s'établit à Pully en 1958 et achète 250 000 mètres carrés de terrain sur les hauts de l'Est lausannois. Défenseur  de juifs spoliés par les nazis, notamment de la famille Rothschild, c'est une star dans son domaine quand éclate une bombe: en 1964, il est accusé d'escroquerie vis-à-vis de ses clients par l'État allemand, détenu en préventive pendant dix-huit mois. S'ensuit une longue saga judiciaire dont il ressort blanchi dix ans plus tard. Entretemps, sa carrière est détruite et les travaux à Belmont stoppés. Ils le resteront jusqu'en 1987, quand un promoteur fribourgeois intègre le musée dans un projet immobilier plus large.

Pendant le long intermède, marqué par une autre saga judiciaire, avec la commune de Belmont cette fois., des artistes sauvages investissent le lieu en 1983, année où ces images ont été faites. Le cinéaste Fernand Melgar leur consacre un film. Hans Deutsch, moins séduit, les qualifie de "vandales" et dépose plainte.

Le musée ouvre en 1987 et connaît une vie chaotique. Le collectionneur argentin Juan-Pablo Najar-Obregon qui y expose "L'aventure de l'abstraction" se retire en qualifiant la situation de "complètement dingo". L'artiste cinétique Youri Messen-Jaschin, nommé directeur, jette l'éponge après un an pendant lequel son salaire n'a été versé qu'au compte-gouttes. En dépit de quelques expositions plus ou moins remarquées (Dali, Günther Sachs), le musée, excentré, manquant de moyens pour se faire connaître, reçoit peu de visiteurs. Il existe toujours. Hans Deutsch, lui, est décédé en 2002 et repose au cimetière israélite de Prilly.

Deutsch7.jpg
Deutsch4.jpg
Deutsch3.jpg
Deutsch1.jpg
Deutsch5.jpg
Deutsch2.jpg
Deutsch8.jpg

© Jean-Claude Péclet. Reproduction soumise à autorisation.

bottom of page